Mirage

Notre parcours d’immigrant au Canada est à ce jour un long fleuve tranquille. On se dit parfois avec étonnement et une toute petite pointe de déception qu’une installation dans le sud de la France n’aurait pas été plus facile, pour nous gens du nord de la Loire.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, les choses ne sont pas toujours aussi évidentes quant on devient immigrant. En témoigne notamment un très beau récit de vie publié aux Éditions Café Crème, « Le Mirage Canadien », de Rachida M’Faddel, dans lequel chacun retrouve un peu de ses étonnements, sinon de ses galères.

Le Mirage Canadien - Rachida M'Fadell (Editions Café Crème)
Le Mirage Canadien – Rachida M’Fadell (Editions Café Crème)

La famille Mansouri fait partie de la classe aisée du Maroc : mari ingénieur, belle maison dans les beaux quartier de Casablanca, bonne pour aider madame dans les tâches ménagères … Tout pour être heureux, en apparence du moins. Mais le marketing efficace du pays Canada, les discours plein de rêves des collègues partis vers le Canada et l’envie de donner autant de chances que possible aux enfants font germer puis grandir l’idée dans la tête de Nabil, le chef de famille, de tout lâcher pour recommencer leur vie dans cet espace francophone américain.

Aïe. Diplôme d’ingénieur non reconnu par l’Ordre des Ingénieurs tellement hermétique (comme tous les ordres), difficulté à faire valoir son expérience, voilà le fier Nabil rabaissé à accepter des petits boulots et à rechercher les bons plans dans les solderies et supermarchés, la honte puis la frustration au ventre. Sa femme, soumise et sans diplôme, se retrouve, elle, à faire des ménages … et à côtoyer des femmes québécoises émancipées. La famille est loin -pas facile; la belle-famille pesante aussi, une bonne chose. Quant aux enfants, ils découvrent que le joug parental peut être facilement remis en question, et décrochent scolairement. De chocs culturels en frustrations, le couple explose (le taux de divorce serait très élevé chez les immigrants, ils dépasseraient même les 50% chez les couples marocains).

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser penser, le livre n’est pas un procès à charge contre le Québec. La gentillesse des Québécois, une acceptation  des différences bien plus grandes que dans d’autres pays (suivez mon regard), les moyens mis en place pour accompagner les nouveaux arrivants, le possibilité de s’épanouir, autant de points qui sont mis en avant avec justesse.

Simplement, le rêve se heurte parfois à la réalité. Ce livre rappelle très justement qu’un projet d’immigration se pèse et se soupèse; et pour le même prix, vous fait entrer dans le quotidien d’une famille de culture marocaine.

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