Baie de Fundy (1) – Nouveau Brunswick

Au 18ème, alors que la France et l’Angleterre se disputaient âprement le contrôle des terres acadiennes, le fort Beauséjour (construit selon le concept de devinez par qui?) joua un rôle important dans l’histoire des Acadiens. Construit dans une région disputée par les deux pays, à deux pas de la frontière avec la province actuelle de l’Île du Prince Edward, il tomba en deux petites semaines aux mains des Anglais et entraina dans sa chute les premières déportations du peuple acadien en 1755.

Aujourd’hui classé patrimoine historique et géré par Parcs Canada, il ne reste plus grand chose du fort, juste quelques fortifications et talus en forme d’étoile, et un petit musée permettant bien de comprendre la vie d’alors (on retiendra notamment qu’il s’agit d’un site militaire pas aimé du tout des soldats, car loin de tout, notamment des filles!).

Le fort domine des marais comptant parmi les grands marais salés d’Amérique du Nord, bordant la célèbre baie de Fundy que nous commençons à découvrir. On se trouve ici au milieu d’un couloir migratoire qui donne le vertige aux ornithologues.

La tête qui tourne et des oiseaux plein les mirettes, ce sera notre lot quelques kilomètres plus loin, à Johnson’s Mills, à 35 km au sud de Moncton, au bout d’une petite route plus proche d’une piste qu’autre chose, pourtant bien connue des visiteurs.

Chaque été, d’innombrables oiseaux de rivage traversent la baie de Fundy en provenance de l’Arctique canadien. Ils se gavent de petites crevettes, doublant leur poids avant de repartir avant prendre la direction de l’Amérique du Sud. On estime que 80 % de la population mondiale des bécasseaux semipalmés font escale au fond de la baie de Fundy pour se nourrir et se reposer.

Lorsque la marée remonte (et dans cette baie, la mer ne fait pas semblant de monter – c’est ici qu’on observe les plus grandes marées du monde),  les oiseaux au départ dispersés se regroupent massivement sur la petite plage qui subsiste au plus fort de la marée.

Au départ, leur garde-manger est si vaste qu’on a du mal à les voir, même aux jumelles. On a beau voir les quelques photos et film du petit centre de conservation de la nature situé à proximité, on est un peu déçu – c’est ça, le grand rendez-vous des oiseaux de Johnson’s Mill???

Et puis la magie opère. La mer monte, la plage se resserre, et les oiseaux se regroupent, un peu.

Puis de plus en plus massivement.

Redoutant les attaques de faucons pèlerins qui rodent souvent dans les airs (et qu’on ne verra pas), ils prennent leur envol sans cesse pour une danse aérienne resserrée avant de se poser quelques mètres plus loin.

Le temps s’écoule alors à un autre rythme, hypnotisés que nous sommes par le spectacle de la nature (ici une belle vidéo).

À ne rater sous aucun prétexte!

 

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Bouctouche et Shédiac – Nouveau-Brunswick

Bouctouche, au sud-est du Nouveau-Brunswick, est réputée pour son littoral bordé de plages sauvages et de dunes. Sur l’une de ces dunes, décrite comme l’une des plus longues en Amérique du Nord – 12 km d’un bout à l’autre, une passerelle de bois régulièrement malmenée par les tempêtes permet de rejoindre la plage en traversant un éco-système réputé pour sa fragilité et de richesse.

Pas de chance: on arrive par une pluie battante, et aucun signe d’amélioration avant longtemps. On discute un peu avec une jeune guide pas débordée, puis on se lance … et on revient trempé jusqu’à l’os. Pas un chat, pas un oiseau, pas un moustique, mais de l’eau, de l’eau, de l’eau.

C’est beau, mais il faudra revenir un jour par un temps plus clément. Ce sera lors l’occasion de visiter le village de la Sagouine, qui reconstitue la vie du village du roman éponyme, écrit par Antonine Maillet en 1971 (la vie d’un village acadien sous la prohibition).

Sur le littoral, un habitant affiche de façon originale son attachement pour l’Acadie.

Au travers des gouttes, on trace tranquillement notre route en longeant le rivage.

À Shédiac, capitale du homard, arrêt incontournable auprès de l’énorme homard qui trône à l’entrée de la ville (le marin est à hauteur d’homme).

Le homard est ici incontournable: pêcheurs, usines de transformation,  et bien sûr place d’honneur aux menus des restaurants. Dénut juillet, le festival du homard attirent des centaines de touristes, et donne lieu à un repas géant dans la rue principale, pour un prix dérisoire.

Pour les mordus, plusieurs croisières sont possibles pour accompagner un pêcheur en mer et tout apprendre du homard, de sa naissance à nos assiettes.

Bien que la ville ne compte que 6600 habitants environ, elle nous parait assez vivante en comparaison des hameaux traversés jusque là. Shédiac est réputée pour ses belles plages et ses eaux relativement chaudes (24 degrés), mais le triste temps – qui se calme dans la nuit – ne nous incite pas à étendre nos serviettes sur le sable. On se rabat avec joie sur un marché en plein air, où 200 exposants vendent artisanat et plats préparés de toutes sortes sur fond de musique Micmac (les Amérindiens du coin).

 

 

 

 

En route vers Tabousintac et Kouchibouguac – Nouveau-Brunswick

Toujours par un temps radieux, cap à l’ouest, en prenant tout notre temps.

En passant par la petite ville de Tracadie-Sheila, on passe faire un petit coucou à un client: on est reçu chaleureusement, chacun sort de son bureau pour nous faire la bise, on nous fait visiter l’usine. Bref, la légendaire convivialité acadienne est à l’œuvre.

Sur les coups de midi, on arrive sur l‘île aux foins, dans le petit estuaire de Tabunsintac.  Sur les plages et vasières, une promenade en bois permet d’observer de multiples oiseaux, et notamment toute une ribambelle de bécasseaux semi-palmés. Les sternes, les hérons, les canards, et d’autres encore s’engraissent à qui mieux mieux avant le retour de l’hiver – et pour beaucoup un long voyage.

Amateurs d’ornithologie, préparez-vous à dégainer vos jumelles, ça ne fait pas semblant! Certains plus calés que nous en oiseaux de rivage nous font partager leurs découvertes; on se met alors à tendre l’oreille pour finalement repérer ce qui les avait mis en émoi peu de temps avant – un petit oiseau assez rare qui émet un cri « ressemblant à une goutte d’eau qui glisse sur une plaque d’acier », et le pire … c’est que c’est vrai (par contre, il faut qu’on reparte sur place, j’ai oublié le nom!).

On finit par rejoindre le parc de Kouchibouguac : le camping est plein, la faute à la gratuité des parcs du Canada pour cause de 150ème anniversaire (on apprend alors que la gratuité a provoqué une ruée sur les parcs fédéraux cette année, ils sont complets depuis des lustres!).

Dans le petit camping privé où on plante finalement la tente, à proximité, les gamins qui jouent dans les allées parlent le chiac, un joyeux mélange de mots français et anglais typique des Maritimes. Alors que la pluie s’installe, on s’amuse à tenter de les comprendre – pas facile!

Le lendemain, la bruine persistante et les moustiques voraces limitent notre envie de parcourir le parc dans tous les sens. On retrouve cependant nos amis les oiseaux à proximité de la plage Kellys. Un phoque pointe même le bout de son nez quelques instant, avant de replonger définitivement.

La plage habituellement propice à la baignade (les eaux seraient les plus chaudes du Canada) est déserte. Ce n’est pas cet été qu’on sortira notre maillot de bain!

 

 

Shippagan, Lamèque et Miscou – Nouveau-Brunswick

Après Caraquet, une virée vers Shippagan, considérée comme la capitale de la pêche commerciale du Nouveau-Brunswick, s’imposait.

Shippagan est une petite presqu’île de 5 km de long sur 5 km de large, qui mène à deux petites îles via des ponts, Lamèque et Miscou. Dommage qu’on ne traine pas nos vélos avec nous, le terrain plat, les petites distances et la faible circulation même en saison estivale rendent le cyclotourisme idéal.

La ville est petite, mais son port aux bateaux colorés, sa rue commerçante, et la longue promenade en bois de 2,5 km en bord de mer, sans compter l’aquarium (qu’on n’a pas visité) en font une destination sympathique.

On a particulièrement aimé la réserve ornithologique de l’île Lamèque, et notamment ses hérons et nids de balbuzards (qu’on a ensuite repéré un peu partout hors de la réserve). Il faut dire que leur nid, perché en haut de mats prévus pour, ou encore de poteaux électriques ou de grands arbres, et particulièrement volumineux.

Les plages qui bordent les iles et Shippagan sont à l’état brut, couvertes d’algues, de restes éventuels de casiers, et l’eau est rouge brunâtre à cause du grès, mais authenticité et calme absolu garantis pour un après-midi farniente.

Au lointain, des phoques apparaissent de ci de là dans les jumelles. On a beau être dans la Baie des Chaleurs, on y met juste un doigt de pied histoire de … (Champlain et ses hommes ont eu une impression de mer chaude en voyant la brume au dessus de l’eau, mais elle ne doit pas dépasser les 16-17 degrés, et encore).

Au bout du bout de l‘Île Miscou, l’un des nombreux phares du Nouveau-Brunswick.

La péninsule abrite plusieurs tourbières, dont certaines sont exploitées. L’une d’entre elle est équipée d’une passerelle de bois.

L’île Miscou cache aussi un petit restaurant à ne pas manquer: la (les) terrasse(s) de Steve – protégées ou non des coups de vent – qui offre(nt) petits prix, poissons et fruits de mer frais, et cadre sympa comme tout.

Les tables sont installées dans le sable, les gamins font des pâtés au pied des parents en attendant leur plat, les visiteurs laissent si ils le veulent une trace de leur passage partout où il reste un cm² de place : murs, bancs, etc. Et le service est simple, chaleureux.

Bref, la péninsule mérite le détour!

 

Caraquet, Nouveau-Brunswick

Après les Appalaches, direction la mer, et le petit village de Caraquet où se trouve notre prochain camping.

Sur la route, à l’estuaire de la rivière Pokeshaw (« Pok-chat »), juste avant le petit village de Grande-Anse, un morceau de terre décroché des falaises abruptes abrite des centaines de cormorans.

Situé à une vingtaine de kilomètres de Caraquet, le village de Grande-Anse abrite un petit port de pêche (peu de bateaux à quai, les pêcheurs de homard sont tous partis relever les casiers; la bénédiction des embarcations a eu lieu il y a deux jours).

Considéré comme « la porte de l’Acadie », le village affiche partout les couleurs bleu blanc rouge frappée d’une étoile jaune propre aux territoires à majorité francophone de provinces maritimes.

À Caraquet, haut lieu de l’Acadie, à quelques jours du grand défilé qui clôture le festival acadien, les couleurs acadiennes sont partout. Certains ne font pas semblant quand ils décorent leur maison!

Bien que le festival acadien se déroule officiellement depuis quelques jours, l’animation se résume pour le moment à des spectacles en soirée (complets).

Dommage, on ne sera pas là pour le défilé du grand tintamarre, un défilé où chacun est appelé à marcher en faisant le plus de bruit possible : selon les uns, cela se veut la démonstration de la vitalité et de la bonne humeur légendaire (et réelle!) des Acadiens, pour d’autres, cela rappelle la fin de cette période faisant suite à l’exil forcé au cours de laquelle les réfugiés ont dû vivre en cachette, sans bruit.

En 1713, les francophones installés dans les Maritimes ont été conquis par les Anglais, et forcé à l’exil et à la déportation (« le grand dérangement »); les Acadiens se sont retrouvés dispersés, un peu partout, certains sont partis en Louisiane (les ‘cadiens devenus les cajuns), dans le Maine, au Québec, etc; un bon nombre sont venus se cacher sur cette péninsule peuplée par les Micmacs…

Peu d’animation, donc, mais ça n’en reste pas moins une belle localité.

Pour les amoureux de l’histoire, on trouve à quelques kilomètres le village historique acadien, qui recrée la vie du peuple acadien de 1770 à 1949. Comptez au minimum deux heures, ça vaut le détour. On déambule dans un village de près de 40 bâtiments, animés par des interprètes en costume d’époque, ayant tous des anecdotes à raconter, un métier ou une coutume à nous faire partager. On aurait pu y passer la journée facilement. on peut y dormir, y prendre des cours de cuisine acadienne, ou simplement manger au restaurant des plats typiques.  Le ticket est valable 7 jours.

 

 

Parc du Mont Carleton, Nouveau-Brunswick

Pour satisfaire notre envie de mer, de grands espaces et d’histoire acadienne, on a décidé cette année de faire une petite virée au Nouveau-Brunswick, au sud-est du Québec.

Un road-trip de plus de 2000 km en 12 jours qui nous mène d’abord au cœur de parc provincial du Mont-Carleton, en pleine nature. 17 000 hectares de forêts, de lacs et de quiétude.

Isolé, le camping du parc offre peu de services (argent comptant seulement, aucun réseau, eau  du robinet à faire bouillir) mais les sanitaires sont impeccables, les places de camping également, à quelques mètres des rives du lac Big Nictau.

Parmi les différents sentiers de randonnée, plusieurs possibilités intéressantes:

  • Mont Carleton (820 mètres) : le plus haut sommet des Maritimes, dominant 10 millions d’arbres, 9.6 km.
  • Mont Sagamook (777 mètres) : la rando la plus la plus exigeante avec vues splendides sur les lacs en contrebas.
  • Mont Bailey (564 mètres) : une montée plus facile, 7.4 km, beaux points de vue également garantis.

Choix difficile; on a finalement opté pour le Mont Sagamook, sur lequel le sentier serpente en un boucle de 6.6 km, montées et descentes relativement raides, comme annoncées, mais le tout se fait en trois heures, pique-nique et arrêt photos compris.

En contrebas, des marais de toute beauté.

Et la chute Williams, à quelques mètres de la route, où on restera longtemps à observer les poissons tenter de remonter la rivière, subjugués par leur force et leur ténacité.